De l’infidélité dans les couples… 

Lisant le dernier article de ma collègue et amie, Muriel Mounoury, sur notre compétence, en tant que thérapeute du couple, d’accompagner les couples dans la séparation quand celle ci est inévitable, je fais suite avec un texte sur les infidélités dans les couples puisque celles-ci ont parfois pour issue l’éclatement du couple.

Je reçois beaucoup de couples avec la problématique du « tiers sexuel » qui fait des ravages et des blessures. L’issue est parfois la séparation tant ce symptôme vient effriter les fondements, l’idéal, les valeurs du couple et infliger une telle blessure narcissique que la réparation et la croissance nouvelle du couple ne peuvent pas toujours se faire.

J’ai beaucoup lu sur l’infidélité que ce soit des romans ou des essais philosophiques, des textes sociologiques et psychanalytiques, toutes sortes de livres théoriques de thérapeutes de couple ou pas confrontés à cette problématique.

Je suis en train de lire Esther Perel, « je t’aime, je te trompe » ou repenser l’infidélité pour réinventer son couple.

Esther Perel se pose trois questions :

Qu’entend-on par infidélité ?

Les conséquences de celle-ci ?

Et quel sens lui donner ?

Réfléchissons un instant à ce que signifie pour vous l’infidélité.

Quel sentiment celle-ci vous inspire ?

Pourquoi pas échanger avec votre partenaire sur ce que lui ou elle en pense !

Car nous n’avons pas tous la même représentation de l’infidélité !

Est ce le sexe interdit ? Un lien de cœur ? Une rencontre érotique ? Une rencontre purement sexuelle ? Se masturber en regardant un film porno est il considéré comme une infidélité à l’égard du partenaire ne participant pas à cet acte ? Et un rêve érotique ? Des pensées, des fantasmes érotisés dans lesquels le (a) partenaire n’est pas présent ?

Le drame de l’infidélité suscite une foule d’émotions.

Moi même en tant que thérapeute du couple, je peux me méfier des miennes.

On peut diviser le processus de guérison en trois phases :

1/ Accueillir la crise elle même avec son lot d’affects variés, colère, dégoût, honte, tristesse, effondrement, blessure narcissique plus ou moins intense selon l’histoire de la personne…

2/ Rechercher ensemble le sens de la crise et de la trahison.

3/ Comment le couple va pouvoir ou pas reprendre son mouvement en avant, sa projection dans l’avenir.

Dans la première phase je suis au plus près des deux partenaires, -Esther Perel parle d’un « secouriste sur les lieux du drame »-, j’aime assez ce terme, je me tiens aux côtés des deux personnes, sans prendre position, ni pour l’un ni pour l’autre. Ça nécessite d’avoir nettoyé des endroits en nous où nous pourrions être encore trop affectés par la trahison et donc prendre parti.

Dans notre société il y a une stigmatisation des liaisons adultères. Peu d’autres évènements à part la maladie et la mort ont une telle force destructrice.

Soit le couple reste très isolé avec de la honte, soit il y a une divulgation par le partenaire trompé et tout vole en éclats.

Grâce au travail de la thérapie, le couple va conscientiser que les deux partenaires évoluaient dans des réalités différentes et qu’ils ont chacun une responsabilité.

J’ai vu des couples avoir des échanges, des conversations les plus franches et profondes qu’ils n’avaient encore jamais eu avant la trahison et la crise. Ils mettent à nu leur histoire. Cela se fait dans mon cabinet et se poursuit chez eux jusque tard dans la nuit. Ils se disent leur sentiment d’étouffer et ou d’abandon, leur désir insatisfait, leur colère, leur vécu d’être en de ça de l’autre, rabaissé… Ils commencent à s’écouter quand ils ne veulent pas se perdre. Ils pleurent et font l’amour, une intensité entre eux est ravivée. C’est fou comme la peur de perdre l’autre réveille la flamme du désir !

Je rencontre Gabriella et Gonzague au prise avec une relation extra conjugale, ils vont se retrouver sexuellement après un épisode de crise plus intense. Après une phase de différenciation que j’ai accompagnée, où ils ont décidé de ne plus vivre sous le même toit et de se rencontrer uniquement pour leurs deux enfants, les voilà dans mon cabinet dans une forme d’intimité qu’ils n’ont encore pas vécu malgré leurs dix années ensemble.

Et puis Marilyne et Simon, quand Marilyne découvre que Simon la trompe depuis dix ans, elle s’effondre ; je rencontre ce couple sur fond de grande détresse. Simon est un homme qui se dit très tactile, qui ne parle guère, Marilyne, beaucoup plus volubile, reconnaît avoir des difficultés dans sa sexualité, elle s’est accommodée de leurs différences sans jamais évoquer ce que ça fait à l’un comme à l’autre… Petit à petit le couple s’est réfugié dans les tâches matérielles après le travail, ( ils ont chacun une profession très accaparante), leurs deux enfants, la gestion du quotidien, leur intimité s’est totalement appauvrie, plus de communication, plus de sexualité. La crise est à bas bruit. Jusqu’au jour où Marilyne ouvre les yeux. La crise se dit au grand jour. Elle sait. Simon en est d’ailleurs presque soulagé même si très coupable. Ce couple viendra en groupe de couples parler de son drame. Ça sera extrêmement salvateur. Le processus de guérison a été long, il faut du temps, une année s’écoule avec des séances pour les accompagner.

Je demande toujours aux couples de me raconter (et chacun a souvent sa version) comment ils se sont rencontrés. Ça dit l’histoire fondatrice de leur couple, leur pacte amoureux et souvent inconscient. Chaque couple a un projet conscient dont il peut parler facilement (comme celui de créer une famille) et un projet inconscient qui n’est pas toujours le même pour les deux. Grâce au génogramme (travail sur les familles d’origine, les couples qui ont modélisé, les histoires et drames de chacun), nous allons le découvrir. Tout ce travail va permettre la mise en conscience du problème que révèle une relation extra conjugale.

Ainsi l’infidélité sera, au fil des séances, travailler comme un symptôme traduisant une difficulté d’engagement (les apparences peuvent être trompeuses) ou encore des frontières enchevêtrées avec les familles d’origine créant l’étouffement de l’un des partenaires tandis que l’autre n’a pas conscience de ce qu’il produit… Pour Marilyne et Simon, des enjeux de pouvoir fixés vont expliquer l’adultère. Ensuite, il faudra assouplir les rapports de force…

Je me souviens des mots de Gabriella en présence de Gonzague son compagnon : « Tu veux que j’oublie ce passé de trahisons ! Que nous allions de l’avant ! Parfois je le peux et je vois l’avenir avec toi, mais parfois je suis attirée sous l’eau et je vais me noyer ».

Il faudra du temps, le temps est toujours notre allié.

Une réelle culpabilité accompagnée de remords est un élément clé du processus réparateur de la trahison. Ça creuse le sillon pour transformer vraiment le fonctionnement du couple. La crise, révélée par l’adultère, traduit le chaos et à la fois le désir de changement.

Un nouvel engagement pourra se vivre s’il y a un partage du poids de la souffrance, une conscience du problème réel qui va permettre une restauration de l’équilibre des pouvoirs.

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