Thérapeute de couple versus Thérapeute du couple

Cette distinction peut apparaître comme une coquetterie, un débat ou une subtilité théorique de spécialistes. Il n’en est rien, il s’agit d’une différence fondamentale que nous portons à l’Ecole du Couple (http://www.ecoleducouple.com/)et qui colore chacune des étapes de nos interventions.

C’est le récit de l’expérience de thérapie de couple de 3 patients individuels qui m’a poussé à vous partager aujourd’hui notre positionnement à ce sujet.

Là où une thérapie de couple est une thérapie de la relation de couple voire de deux individus en situation de couple, la thérapie du couple pose le couple comme client et acteur de son évolution.

Ainsi une thérapie de couple peut avoir pour vocation de soigner cette relation et les individus qui la constitue et permet de voir les protagonistes individuellement pour faire progresser la relation.

Pour ce qui nous concerne, notre client étant le couple, nous ne recevons jamais l’un des partenaires sans l’autre. C’est notamment pour cela que notre méthode thérapeutique est une thérapie du couple.

Voici l’expérience de mes 3 patients (leurs prénoms sont modifiés).

Ces 3 exemples n’ont pour vocation ni de prendre la « défense » de mes patients qui comme tout membre d’un couple porte à 100% la responsabilité de la relation, ni de critiquer mes collègues thérapeutes qui appliquent d’autres méthodes correspondant à leurs fondements théoriques, mais de porter nos différences et d’expliciter notre cadre qui protège le couple et les thérapeute de nombreux écueils.

Alain, marié depuis 15 ans, très affecté par la dégradation de la relation avec sa femme et impuissant à améliorer la situation avait accepté de voir la thérapeute de sa femme en thérapie de couple. Cette thérapie n’eut selon lui que vocation à prouver que leur couple était terminé. Quelque temps après la fin de la thérapie de couple et après avoir compris que sa femme avait rencontré quelqu’un, il a demandé un rendez vous à la thérapeute qui lui avait dit être au courant de la relation extra conjugale de sa femme et ne pouvait lui en parler.

Clémentine quant à elle, a été reçue alternativement avec son conjoint par la thérapeute de couple avec des séances communes toutes les deux séances individuelles. Elle a eu le sentiment de pouvoir exprimer les reproches qu’elle faisait à son conjoint mais pas de travailler leur relation. Ils ont ainsi décidé de faire une pause dans leur couple et de voir chacun un thérapeute individuel.

Enfin Paul a suivi une thérapie de couple avec sa compagne. Il a eu le sentiment pendant toute la thérapie, à tort ou à raison, que la thérapeute prenait le parti de sa conjointe et a très mal vécu à l’issue de la thérapie. Celle-ci s’est terminée par une séparation et la thérapeute a continué les séances en individuel avec sa compagne. Ce couple s’était déjà séparé à plusieurs reprises et il a eu le sentiment que la thérapeute par son choix de poursuivre la relation thérapeutique avec sa partenaire, « s’associait à la rupture » et ne leur laissait pas l’opportunité de reprendre la relation et de poursuivre plus tard la thérapie s’ils en éprouvaient le besoin.

Cette première distinction, par laquelle nous recevons toujours les deux membres du couple ensemble, est le socle de notre pratique. Elle nous permet de montrer à voir au couple que c’est leur couple notre client. C’est un repère indispensable. Elle évite également au thérapeute d’être porteur de secrets ou de non dits dont il ne saurait que faire.

Cela évite également de laisser croire au couple que l’un des partenaires est le problème du couple et de son dysfonctionnement. Ils sont ainsi considérés comme tous les 2 concernés et responsables de la situation. Ce qui vous le comprendrez n’est pas une posture toujours confortable comme par exemple dans le cas d’une relation extra conjugale. Le membre du couple qui « subi » cette relation extra conjugale peut éprouver des difficultés à accéder à sa part de responsabilité dans la situation. Et pourtant, ce positionnement est au cœur de notre clinique.

Ainsi la distinction qui nous amène à parler de thérapie du couple a des conséquences à chaque moment de la thérapie :

1 – en amont de la thérapie : c’est le plus souvent l’un des membres du couple qui prend rendez-vous par téléphone. Lors de cet appel, nous ne rentrons pas dans le détail de la problématique, et si tel est le cas, nous rappellerons les termes de cet appel lors de notre premier entretien afin que chacun soit au même niveau d’information et que l’autre membre du couple ne croit pas que nous avons fait alliance en amont avec son partenaire. Car rappelons le si c’est nécessaire, les couples qui viennent nous consulter sont généralement en crise et les reproches ou les ressentiments sont à l’œuvre.

2 – Au cours de la thérapie nous vous recevons ensemble et toujours ensemble et allons à la découverte de votre couple. Bien entendu, votre couple est formé de deux personnes distinctes qui ont une identité personnelle, sociale, professionnelle.

Mais il y a également une entité couple, un système couple qui a ses propres fonctionnements, sa représentation sociale, son histoire, ses valeurs, ses rituels, ses modes de résolution des situations, sa gestion propre de l’argent, sa propre relation à la sexualité et c’est bien ce couple unique qui vient nous rencontrer.

En début de thérapie cette notion du couple va être difficilement accessible, chacun arrivant en thérapie avec son lot de reproches, de rancoeurs et le symptôme qui a déclenché la démarche thérapeutique : une relation extra conjugale, une trop grande place laissée au travail, une sexualité insatisfaisante, le manque d’activités communes, de l’ennui.

A cet instant, le couple laisse place à deux individualités qui s’affrontent, se confrontent, s’invectivent quelque fois. Et pourtant votre couple a pris des décisions, organisé des vacances, décidé d’avoir ou non des enfants, développé des sociétés, acheté ou loué un lieu de vie. Votre couple est bien autre chose que le résultat du symptôme qui vous amène.

3 – En fin de thérapie où nous ne recevrons pas un des partenaires en thérapie individuelle. La pression est souvent grande, «  nous avons fait un bon travail, notre couple va mieux, en revanche j’ai besoin de faire un travail individuel pour aider mon couple, on se connaît, ce sera plus simple et mon partenaire est d’accord ». Pour nous notre lieu thérapeutique est celui du couple et il doit le rester, le thérapeute a été associé à ce nous, et même si le partenaire est à priori d’accord, il peut à terme être inquiet de ce qui se dit dans cet espace où il a été acteur, il s’est livré, et peut ainsi se sentir rejeté et manipulé.

Vous recevoir à 2 est donc indispensable mais pas suffisant, car dans une thérapie de couple où chacun est systématiquement présent on peut faire deux thérapies individuelles sous l’œil de l’autre partenaire.

Ce qui va nous intéresser dans notre thérapie du couple, c’est le système couple, c’est à dire la manière dont vous vous avez organisé ensemble votre relation et avez construit un système qui s’adapte, plus ou moins bien aux évènements qu’il traverse et étapes auxquelles il est confronté.

C’est la raison pour laquelle nous ne attacherons pas au seul symptôme qui mobilise votre couple à nous consulter. Nous sommes bien entendu conscients que l’événement est souffrant et au centre de la préoccupation du couple. Toutefois, nous serons sensibles à toutes les autres éléments qui font de vous un couple : comment le couple prend les décisions, comment il gère l’argent, quelles sont les activités du couple, les liens sociaux et leur identité sociale, quelles ont été les dates et évènements de la construction de votre couple ….Car tous ces éléments nous disent énormément sur le fonctionnement du système couple : sont ils complémentaires ou symétriques, existe –il des enjeux de pouvoir, votre couple est-il fusionnel ou différencié…Vous en revisiterez la genèse, ses règles explicites et implicites, son mythe fondateur ….

Ainsi comme l’écrivent Anne et Jean Paul Sauzède dans leur ouvrage « entre câlins et tempêtes », nous allons travailler sur l’entre, ce qui se passe dans l’entre des deux partenaires, quelque soient leurs sexes, leurs croyances religieuses ou politiques, ou encore leur cerveau respectif.

Une pensée sur “Thérapeute de couple versus Thérapeute du couple”

  1. Toujours d’accord avec cette pratique de thérapie du couple, apprise avec les Sauzède…et toi Muriel et que j’expérimente avec toujours plus de conviction et d’enthousiasme !
    Merci pour ces rappels.
    A bientôt
    Antoine

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