A propos de sexualité dans la thérapie du couple 

Comment parler de sexualité dans la thérapie du couple ?

Une partie de notre travail en tant que thérapeute du couple implique une forme de pédagogie sur la question de la sexualité.

Comment parle t on de sexe dans un couple ?

Et comment en parler en thérapie du couple, avec un couple ?

Je constate souvent la pauvreté de la communication sexuelle au sein des couples. C’est parfois tabou d’en parler. Les couples ne savent pas comment s’en parler. S’il y a des besoins, ils sont difficilement exprimables, il y a aussi beaucoup de peurs, des réticences, de la pudeur. Et pourtant, par le biais de la sexualité les partenaires peuvent révéler des aspects importants d’eux mêmes à l’autre. Tout ceci doit être pris en compte.

Il y a donc d’un côté à oser parler de « ça » avec les couples !

Et de l’autre à former les thérapeutes du couple sur cette question !

Cela doit nous avertir de l’importance, dans la formation à la thérapie du couple, d’ouvrir une fenêtre sur la question de la sexualité, même si, à l’Ecole du Couple, la sexualité n’est pas directement notre porte d’entrée. On la travaille davantage comme un symptôme, qui traduirait tel ou tel problème de couple : une problématique de frontières, d’engagement, d’enjeux de pouvoir, un mouvement de différenciation… Les symptômes révèlent le problème, c’est comme l’arbre qui cache la forêt.

Cependant il me parait important de prendre la mesure de ce sujet, souvent, toujours ? ouvert par les couples autour de leur sexualité. Et s’ils ne le faisaient pas, c’est bien à nous, thérapeutes du couple, de les aider à parler de ça !

En tant que formatrice à l’EDC, permettre aux futurs thérapeutes du couple de parler simplement de sexualité dans l’accompagnement des couples est nécessaire… A mon sens, il y a un intérêt d’un retour sur soi en tant que personne, puisque nous allons accompagner « nos » couples à cet endroit : nous regarderons comment ça se vit pour nous dans notre couple, dessiner et élaborer notre ligne de vie amoureuse, affective et sexuelle. Les couples que nous accompagnons réactivent nos histoires personnelles. De même, les couples que nous avons formés et notre couple actuel s’il existe sont toujours nourris/pétris de notre histoire personnelle. Démêler tout cela, y mettre de la clarté sera gage d’un travail avec les couples plus sécure et serein autant que faire se peut.

Dans la formation, nous prendrons du temps pour approfondir les axes diachronique (ligne horizontale dans le temps) et synchronique ( ligne verticale des interactions )…

Il va s’agir aussi d’avoir du vocabulaire, ne pas avoir peur de dire, oser, prendre des risques tout en restant toujours « élégant » ( terme de Jean Paul Sauzède que j’utilise beaucoup )…être curieux et pas voyeur, être attentif et pas inquisiteur…toujours en alliance avec les deux partenaires et aussi le couple.

Dans les séances, je suis confrontée inévitablement aux problèmes qui ont un lien avec la sexualité : un décalage de désirs, un manque d’intimité, des peurs d’en parler ou une absence de sexualité, une sexualité non satisfaisante pour les deux ou un seul des partenaires, des histoires de liaisons extra conjugales révélatrices d’un déséquilibre dans le couple…

En séance individuelle avec le couple, je travaille beaucoup la question du contrat car le contrat va mettre de la sécurité : quel contrat explicite dans le couple autour de la fidélité, de l’infidélité, on regarde les représentations que le couple en a, de la transparence, histoire de tout se dire ou de ne rien en dire… Le contrat est toujours à revisiter en fonction des étapes que traverse le couple. Il ne sera pas le même au début de la relation, il est même à ce moment là implicite !

Puis il devient un accord explicite qui va sécuriser le couple en tenant compte des attentes et des limites de chacun.

La question du manque d’intimité dans le couple revient souvent. Pour ce type de symptômes, je propose le groupe de couples.

Les groupes de couples permettent d’approfondir le sujet de l’intimité au sens large, dont l’intimité sexuelle, oser dire oui, oser dire non à son partenaire, oser exprimer une envie, un désir, comment accueillir le désir de l’autre ou le refuser et ce que ça fait à l’autre, les besoins de chacun, s’en parler, ranimer le désir, aller vers l’autre, jouer dans la sexualité, se parler de notre imaginaire érotique, l’imaginaire étant une puissante zone érogène nourrissant la sexualité ect…

Le groupe de couples est un outil stimulant pour revivifier l’intimité dans les couples.

Tout en écrivant sur ce thème, je repense à un couple très aimant, la soixantaine, elle professeur de yoga, aimant l’Inde, lui très créatif et bricoleur, ils ont à la fois leurs espaces à eux et des espaces communs, partageant le plaisir d’être ensemble, de boire un bon vin, de jardiner, de voyager. Une ombre au paysage et c’est la raison pour laquelle ils viennent me voir, Paul est frustré par une sexualité quasiment inexistante avec Edith.

Bien sûr nous nous sommes demandés quel était le problème derrière ce décalage de désir. Bien sûr Edith. a évoqué la ménopause. Paul la religion catholique et ses freins… Car si Edith. est peu enthousiaste dans la sexualité, Paul ne sait pas bien comment s’y prendre non plus…

J’ai pris le parti d’ouvrir ce qui se passe pour Edith. à travers ses NON. Sa sexualité est liée à un abus qui s’est répété alors qu’elle a 7 ans. Plusieurs séances seront centrées en présence de Paul sur le dégout, la colère, le NON jamais dit autrefois et le OUI qui n’en est pas un ! Aujourd’hui elle dit NON comme une protection vitale.

Beaucoup d’émotions entre eux dans ces séances…

Il m’est apparu essentiel de nous coltiner tous les trois à l’histoire de la sexualité tant chez elle que chez lui et c’est dans ce partage que quelque chose a commencé à bouger.

Ainsi le thème de la sexualité se joue dans le « oser ensemble », partager, être, se parler… en donnant une place à la sécurité affective dont a besoin chaque couple.

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