Thérapie de couple et séparation

La nouvelle procédure de simplification des divorces par consentement mutuel est à l’origine de ma réflexion du jour. Tous les acteurs s’accordent à dire que simplifier et raccourcir la procédure pour les divorces consentis est une bonne chose, tant elle mettra moins de judiciaire dans l’acte, responsabilise et autonomise les deux partenaires sur leurs décisions et les dispositions de leur séparation et peut potentiellement coûter moins cher.

Toutefois, avant de parvenir à un consentement mutuel et une lucidité sur ses besoins pour les deux parties dans une séparation, il faut du temps d’introspection, une maturité de la relation et une qualité dans les échanges. Et cela peut être très long lorsque la douleur de la séparation est à l’œuvre.

Les différents commentateurs s’inquiètent également de cette procédure raccourcie qui risque de décaler au delà de la procédure les différends qui n’auront pas pu s’exprimer lors de la procédure comme c’était le cas auparavant, ou de voir se multiplier les procédures conflictuelles. En effet, le deuil d’une relation prend du temps, nécessite des étapes successives de nettoyage des périodes douloureuses, de prise de conscience de la coresponsabilité de la séparation, d’acceptation de la séparation, de diminution ou disparition de la culpabilité….

La thérapie de couple peut avoir une fonction dans ce cheminement même si ce n’est ni sa fonction d’origine, ni vécu ainsi par les partenaires au moment de la mise en place de la démarche.

Je constate que la thérapie de couple peut être un des éléments constitutifs de ce processus. La thérapie de couple est souvent présentée comme un travail relationnel ayant pour objectif voire vocation unique à traverser les crises et poursuivre sa vie de couple plus sereinement en tenant compte de l’altérité de son partenaire, et en permettant la compréhension du système de rapport de pouvoir qui a pu être mis en place qui a nui a la qualité de la relation et grevé les possibilités de développement personnel au sein de la relation.

Les partenaires sont agis par leurs émotions, leur culture, leur schéma familial, leurs histoires de couples passées, et voient parfois leur partenaire comme un ennemi, un « autre » qui voudrait les faire changer pour adopter ses valeurs et ses comportements. Ils sont aveuglés par leur crainte de se faire dévorer par le modèle proposé par le partenaire.

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Et si on parlait sexualité ! 

Le thème de la sexualité m’est cher, je le côtoie fréquemment dans ma pratique de thérapeute du couple. Il s’évoque assez rapidement dans les premières séances, quand un couple n’en a plus, quand la sexualité devient pauvre, quand il y a une relation extérieure qui vient heurter de plein fouet le couple, et aussi pour développer sa relation amoureuse, érotique et sexuelle, quand il y a une pratique du poly amour ou de l’échangisme et que le contrat entre les personnes n’est pas suffisamment clarifié…

La sexualité dans les couples, c’est à la fois l’endroit des blessures, des souffrances et l’endroit le plus moteur, le chemin de l’élan vital !

Guérir les blessures qui sont ravivées dans la sexualité du couple est incontournable.

Mais je ne crois pas au déclic ! Le travail autour des blessures est souvent long, c’est un processus lent et progressif qui débute par un état des lieux puis un travail intérieur.

En thérapie du couple, regarder le passé se fait toujours pour ouvrir au présent et au futur du couple, aux projets de vie ensemble : quelle nouveauté dans ce couple ? comment faire du neuf quand on a plusieurs années de vie commune ? comment amener le couple à davantage de fantaisies, de joie, de simplicité dans la sexualité ? que vient dire cette infidélité dans ce couple ?

Tout d’abord, c’est quoi le désir ? Le désir « c’est la force vitale, ce qui fait de nous des êtres vivants » (dixit Nicole Prieur, philosophe et thérapeute). Et dans le fond en tant que thérapeute du couple, je ne cherche pas à faire en sorte que le couple qui vient me voir, ne se sépare pas, je cherche à ce que ces deux êtres, ensemble ou pas, repartent plus vivants et plus conscients de ce qu’ils vivent.

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se rechoisir

Cette expression, ce concept que j’ai redécouvert auprès de Michelle Gou, collègue et amie thérapeute de couples à Belfort, s’applique particulièrement à deux catégories de couples : les jeunes vieux couples qui à 35 ans ont déjà 15 ans de vie de couple et aux couples seniors, qui à 55/60 ans , approchent de la retraite, ont vu le départ des enfants et sont à l’aube d’une nouvelle phase de vie.

Nombreux sont les couples jeunes, ayant une vie commune déjà longue, qui viennent me consulter pour trouver un nouveau souffle. Ce n’est pas ainsi qu’ils le formulent, ils arrivent dans mon Cabinet avec les mêmes symptômes et reproches que tous les couples : on ne se comprend plus, on ne communique plus, nos avis divergent sur l’éducation des enfants, mon conjoint.e a eu une relation extra conjugale, le travail l’accapare….et pourtant derrière ce propos une autre réalité se dessine. Nous avons grandi ensemble, nous nous sommes rencontrés et nous avons poursuivi, parfois sans réelle décision, juste une continuité d’un état de fait. L’amour était là, le sentiment d’avoir rencontré la bonne personne et nous ne sommes pas posés beaucoup de questions. Entourés de notre famille ou au contraire, construits sur l’absence des familles d’origine, nous avons testé,avancé, essayé et à 35 ans on a construit une famille, travaillé, acheté un appartement, une maison…et maintenant ??

Ces jeunes vieux couples évoluent dans une société dont les codes ont changé par rapport à ceux de leurs parents et grands parents. Le couple à vie à souffert, n’est plus une norme et l’évidence n’est plus au rendez vous. Ainsi, que faire maintenant, nous avons mené à 35 ans tous les projets que des couples se rencontrant plus tard ont à peine commencés. Notre partenaire même s’il est jeune est déjà une vieille connaissance qui a perdu de sa fraîcheur, de sa nouveauté. La société m’autorise à recommencer une nouvelle vie, avec un nouveau partenaire, à ressentir à nouveau cette étincelle dans le coeur et les papillons dans les yeux et le ventre de l’état amoureux.

Pour les couples plus seniors, le chemin s’il est décalé dans le temps est d’une nature très proche. Ils se sont rencontrés, mariés pour la plupart, ont eu des enfants, les ont élevés avec plus ou moins d’harmonie, ne se sont pas posés ou autorisés à se poser de questions. Et un jour, ils voient partir les enfants, les responsabilités s’amenuisent, la retraite puis la vieillesse se profilent et les questions pointent. Cet homme, cette femme qui fut mon partenaire de vie, est il celui auprès duquel je veux vieillir ? Nos envies ne sont plus les mêmes, le tête à tête est compliqué, la peur de l’ennui peut poindre. Pourquoi vieillir ensemble devrait être une évidence ? J’ai fait des concessions, je me suis sacrifié, nous avons gardé le modèle familial pour les enfants, mais à présent pour les dernières années qui me restent à vivre en belle santé, ai-je envie de les passer avec cet homme ou cette femme qui a été à mes côtés avec plus ou moins de bonheur pendant toutes ces années et qui connaît mes évènements de vie.

Et c’est là que me vient en tête la question, ces couple vont ils aujourd’hui se re choisir, se choisir à nouveau dans ce contexte et repartir pour une nouvelle tranche de vie. Je n’ai ni la solution, ni le principe moral qui pourrait m’inciter à les y encourager, en revanche la question me semble souvent pertinente. Elle ouvre le champ au questionnement de ce qui nous a uni, ce qui a fait couple, et ce qui pourrait aujourd’hui encore le faire. Ne pas rester ensemble pour les mauvaises raisons mais par choix conscient que celui ou celle que l’on a choisi il y a de nombreuses années n’était pas le fruit du hasard mais un vrai choix peut être peu conscient mais qui reposait sur de belles bases. Vient donc le temps de se questionner, de créer de nouveaux projets pour le couple tout en tenant compte des besoins individuels de chacun. Cette crise qui advient est le reflet d’une nouvelle étape pour le couple qui invite à ajuster son système relationnel.

La rentrée de septembre… Première séance AVEC LE COUPLE…

J’ai envie de partager mon enthousiasme à travailler avec les couples !

En particulier lors de la première séance !

J’adore la première séance.

C’est une séance fondatrice où je dois faire alliance avec les deux personnes qui arrivent dans mon bureau, souvent le cœur très haut, pris dans leur drame, leurs symptômes de couple…disputes, incommunicabilité, silences, violences, tromperies…

Récemment alors que je reçois Sabine et Arnold pour la première fois, je vois Sabine s’approcher d’un tableau qui est dans un coin de mon cabinet et qui représente un mantra venant d’Inde et peint à la main. Elle m’explique qu’elle peint aussi des mantras et me demande d’où celui-ci vient. Je lui dis spontanément que je reviens du Ladakh où je l’ai acheté. Et de rajouter quand nous évoquons l’Inde, que j’y suis allée pour marcher à 4900 m d’altitude… et qu’à cette hauteur le cœur bat fort et vite… C’est alors qu’Arnold prend la parole et me confie qu’il a lui aussi à cet instant le cœur haut comme s’il marchait en altitude. Sabine le regarde et acquiesce. La séance démarre ainsi, sur ce mouvement spontané, ils entrent alors de plein pied dans leur drame, Arnold a eu une aventure conjugale, Sabine est bouleversée…

C’est aussi ce couple homosexuel qui n’a plus de projet ensemble après dix huit années de vie commune et qui se meurt peu à peu…il vient chercher ici une respiration, un espace pour panser et penser ses blessures non dites… et retrouver du projet.

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C’est la rentrée….et son lot de surprises

Nous avons été victimes, pendant l’été, d’une « attaque informatique » qui a fait disparaître l’ensemble de nos articles publiés en 2018.

Les voici remis en ligne avec toutes les mesures de sécurité qui devraient nous éviter, à l’avenir, ces mésaventures !!!!

Nous revenons très vite vers vous avec de nouveaux articles,

Merci pour votre fidélité

 

Vive les vacances

Les vacances d’été tant attendues sont enfin arrivées : baignades, randonnées en montagne, sieste dans le hamac à l’ombre d’un chêne, lecture, vélo, pâtés de sable….Des moments pour soi, des apéros entre copains, des pique-nique les pieds dans l’eau et du temps pour votre couple. Prendre son temps, à deux, retrouver une complicité un peu mise à mal par un quotidien chargé, des moments d’intimité sans la pression de l’agenda du lendemain. Vivre à son rythme, apprécier la lenteur et la langueur du moment présent,

Et s’il vous reste un peu de temps, je vous propose de réfléchir avec votre conjoint sur ce qui fait que votre couple est un couple : vous pouvez identifier les valeurs de votre couple, sur quelles ressources celui-ci s’appuie, quels sont vos projets et pourquoi pas chercher ensemble une devise qui représenterait votre relation de couple.

Une belle réflexion qui donnera de l’épaisseur à votre identité de couple et remettra votre couple au centre,

Très belles vacances à tous et nous vous retrouvons en Septembre pour de nouvelles aventures du couple.

Le libertinage ? Le poly amour ? Entre liberté sexuelle et contraintes d’exclusivité ? Quelles sont ces pratiques dans la sexualité des couples ?  

    

Il y a quelques années, un couple vient me voir à mon cabinet : ce couple pratique le poly-amour. Je les accueille. Et je rentre en contact avec eux dans leur manière spécifique d’être ensemble librement sur le plan de leur sexualité et de l’amour avec d’autres partenaires. Il est question de leurs frontières, de la transparence sexuelle, de se dire ou pas, de dormir dans la chambre conjugale quand ils rentrent de leur soirée avec un (e)autre partenaire ou pas…

Cependant s’ils reviennent aujourd’hui dans mon cabinet entreprendre un travail de thérapie du couple, c’est que ce couple veut devenir un couple parental et c’est là que les choses se compliquent. Comment vont ils faire avec leurs autres partenaires ? Seront-ils eux aussi conviés dans la perspective d’un enfant à venir? Devront-ils renoncer à leurs amours qui ont lieu ailleurs du futur foyer familial ? Que va-t-on dire à l’enfant ?

Un autre couple, celui-là homosexuel, deux hommes forts sympathiques, tous les deux intelligents, sensibles, pratiquant d’un commun accord, « la lingette rafraichissante », selon leur terme, nous en rions d’ailleurs, ils disent aussi « le bol d’air », ils peuvent aller butiner avec un autre l’espace d’un moment. Mais attention pas de sentiment de ce côté. Pas d’amour. Seule existe la respiration sexuelle l’espace d’un instant.

Cependant, l’un des deux hommes fait une rencontre. Autre que le bol d’air. Avaient-ils vraiment tous les deux la même façon de voir le contrat ? Parce qu’ils sont si différents…dans leur manière de vivre la sexualité en particulier et pas seulement…L’un très mental, dans le contrôle de ses émotions et à la fois instinctif et animal dans sa sexualité, l’autre homme plus romantique et sensuel, exprimant davantage ses émotions, ils auraient pu être complémentaires, mais ils vont se séparer après 6 séances de thérapie du couple, car la nouvelle rencontre de l’homme romantique fait tsunami… et c’est lui qui va décider de la séparation. Maurice et Mathieu, 31 et 37 ans, vivaient ensemble depuis neuf ans. Leur plus longue union après des histoires plus courtes. Ils avaient acheté ensemble, ils avaient construit, ils se sentaient engagés…Cependant il était impensable pour eux d’être sexuellement exclusifs. Dans leur entourage, ils ne comptent aucun couple homo, « d’hommes » précisent-ils, qui font de la fidélité sexuelle la condition sine qua non de la relation. « Pourquoi se priver d’un moment de plaisir ? lance Maurice, devant Mathieu qui acquiesce. Ça n’a pas de conséquences. On sort, on rencontre quelqu’un avec qui le courant passe, on fait affaire, on reste copains ou pas, et c’est terminé. Mais les week-ends en amoureux, dormir ensemble, ça, c’est notre intimité ». Mais tout bascule quand Mathieu se lie avec Serge sur une autre base, la sexualité avec lui est différente, Mathieu confie en séance combien il a besoin de plus de préliminaires, de sensualité qu’il découvre avec Serge. Aurait –il pu apprendre à son partenaire ce dont il a besoin ? Aurais-je pu les aider à se parler, se comprendre ? Mathieu répète t il, dans son désir de se séparer, la peur de s’engager et de renoncer à l’illusion amoureuse et fusionnelle qu’il semble retrouver avec un homme « neuf » ?

La pratique sexuelle du libertinage dont on parle peu au grand jour attise bien des curiosités… Adeptes des plaisirs charnels et épris de liberté (sexuelle), c’est une tendance qui séduit certains couples dans l’imaginaire qu’on ne s’ennuie plus ainsi !

Le libertinage se pratique entre deux couples, quelque soit leur forme, qu’ils soient mariés ou non, vivant ou pas ensemble.

Différents « types » d’échangisme peuvent être évoqués.

– Le mari d’un couple caresse la femme de l’autre couple et inversement, sans qu’il y ait pénétration. Les échanges sont doux et sensuels. Les deux couples sont dans la même pièce et peuvent assouvir des envies d’exhibition. La situation réveille les sens et pimente une relation un peu endormie. Il n’est pas rare que le désir pousse ensuite les partenaires « légitimes » à faire l’amour.

– Les deux couples font l’amour les uns avec les autres dans la même pièce, voire dans le même lit. Exhibitions, performance, toutes les combinaisons entre les participants sont possibles. C’est également l’occasion d’expérimenter un penchant pour la bisexualité.

– Les deux couples échangent leur partenaire et font l’amour dans des endroits séparés. Ce cas de figure est plus rare car le désir de regarder ou d’être vu est absent, or c’est l’une des motivations fortes du libertinage.

Ils se donnent la liberté d’aimer ailleurs : Polygames convaincus ou libertins assumés, certains couples ont passé un contrat de liberté sexuelle. Séparer clairement sexe et sentiments les rendent-ils plus libres ?

Ni contraintes ni privations, est-ce un équilibre parfois précaire ?

Se laisser le choix ? Ou être infidèle dans son cœur ?

Lorsque je lui demande ce qu’il entend par « libertin fidèle », Aurélien me dit : « J’aime ma femme, je ne me refuse pas les autres femmes que je désire, et je laisse ma femme libre d’aller là où son désir la porte. » Seule clause expresse au contrat de liberté sexuelle : pas de liaison durable. « Sinon, c’est de l’infidélité », dit la femme d’Aurélien, Fanny. Et elle rajoute : » Nos désirs l’un pour l’autre sont pimentés par les fantasmes que représentent nos autres partenaires. ». Donc ils en font quelque chose. Ils créent leur manière d’enrichir leur sexualité.

« Etre fidèle à la personne que j’aime ne doit pas être une contrainte, ajoute Fanny. Je vois tant de couples dévorés par la frustration ou empêtrés dans le mensonge, que je me demande ce qui les lie encore. Les enfants ? La peur de vieillir seuls ? Nous nous sommes accordés la liberté de ne pas nous contraindre et le droit de nous re-choisir jour après jour. » Avec le pari de la transparence sexuelle. C’est-à-dire qu’ils se racontent leurs escapades.

Alors que Maurice et Mathieu ne se disent rien…sauf lorsque Mathieu tombe amoureux d’un autre…

Serge Hefez nous dit dans « La danse du couple » : « L’usure du désir, l’envie d’expérimenter une nouvelle dimension de sa sexualité, le besoin de tester son pouvoir de séduction, la peur du temps qui passe, mais aussi, et c’est cela sans doute qui est nouveau, la difficulté à gérer sa frustration dans une société qui fait la promotion du plaisir immédiat et qui valorise à l’excès l’individualisme. »

Est-ce que l’appétit et l’imaginaire des deux partenaires s’affaiblissent dans la relation strictement monogame ? Et si oui pourquoi ? Comment être heureux avec ce qu’on a ? Une invitation à revenir au plus profond de nous-même ?

Mais alors, comment devient-on un couple « libertin » ? Quand décide-t-on d’aborder la question de la liberté sexuelle ? Sur quelles valeurs repose ce type de relation ? Quel contrat allons nous poser avec l’autre ? Un contrat explicite ? Ou implicite ? Tout dépend de ce que chacun met dans le couple, tout dépend de l’anthropologie du couple. Et en thérapie du couple, je fais travailler le couple sur leur vision du couple. De même en groupe de couples, nous regardons toutes ces dimensions en les confrontant aux autres couples ce qui va enrichir les uns et les autres.

Une personne, homme ou femme, affectivement très insécurisée, souffrant d’une angoisse d’abandon, ne pourra pas vivre un couple dit “libre”. Ou alors la personne sera clivée c’est-à-dire qu’elle n’aura pas tout à fait à la conscience ce qu’elle vit. En fait, il n’y a pas de règles. La vraie question, c’est quel sens les partenaires donnent aux mots “fidélité” et “confiance”, quel engagement sécurisant ils vont tisser et se le parler en séance surtout après des moments difficiles où il y a eu un ou des tiers sexuels.

Fanny reconnaît toutefois que cette liberté peut être insécurisante : « Personne n’est à l’abri d’une rencontre coup de foudre, du fantasme de la bombe sexuelle. » Est-il tombé amoureux d’une autre ? S’éloigne-t-il de moi ?

Quoi que l’on en dise, on est forcément pris dans des mini-trahisons quotidiennes. Penser que l’on va mettre au pas son inconscient en passant un contrat de liberté sexuelle peut être une illusion.

Dans mon cabinet, Fanny et Aurélien sont toujours ensemble mais ils ont enfin pu se dire leurs peurs, leur jalousie…

Le couple pratiquant le poly amour ( ils préfèrent ce terme) viennent d’avoir leur premier bébé et s’en réjouissent. Les autres partenaires sont passés au deuxième plan. Pour le moment.

Enfin, j’ai eu un petit pincement au cœur lorsque Maurice et Mathieu se sont séparés. Ils étaient si bien accordés pour durer à mes yeux mais le thérapeute du couple ne tient jamais l’issue de la thérapie du couple. Et c’est bien comme ça !

Katouchka collomb   Juin 2018

C’est comme tu veux

 

Quel doux son que le «  on fait comme tu veux », ce sentiment de faire ce qui vous plaît, de décider et de vivre avec un partenaire toujours d’accord, toujours partant pour ce que vous proposez.

Dans un début de relation, c’est très confortable et vous ressentez le plaisir d’être avec un conjoint/une conjointe très souple, prêt à accéder à tous vos désirs

Je reçois Julie et Olivier, à la demande de Julie qui est lassée, selon elle, de jouer les mamans avec Olivier, de prendre toutes les décisions et de le voir prendre peu d’initiatives.

Dans un premier temps, Olivier refuse ce constat, expose l’ensemble des endroits où il prend des initiatives et des décisions et lui explique qu’il arrive souvent à Julie de remettre en question ses décisions, ce qui crée chez lui agressivité et colère. Il dit avoir alors cessé de faire des propositions.

Nous mettons, petit à petit à jour, la co-construction commune du fonctionnement du couple et Julie prend conscience que toute la « faute » ne peut être rejetée sur Olivier, qui serait un petit garçon, mais qu’il lui faut raisonner en terme de relation et de couple, ce qu’elle avait petit à petit déserté.

La communication reprend entre eux, ils s’aménagent des temps à deux et retrouvent un immense plaisir à se retrouver et continuer à construire leur couple.

Toutefois, après quelques séances, Olivier se rend compte et exprime que dans sa volonté de faire plaisir à Julie et de la rendre heureuse, il avait tendance à dire «  on fait comme tu veux, on va où tu veux… », ce qui avait pour conséquence de le frustrer, de le rendre agressif sans qu’il identifie la raison de cette colère et s’avérait contre productif car Julie attendait de son conjoint qu’il soit force de proposition.

Julie et Olivier comprennent alors le processus dans lequel ils s’étaient enfermés, Julie laissant peu d’espace de décision à Olivier qui le laissait entièrement. Ce mécanisme s’était mis en route au fil de leur histoire, Julie étant très puissante, créative, et très active. Olivier admirant cela chez sa compagne, ne souhaitait pas l’empêcher et appréciait les propositions de Julie.

Bien sûr ce fonctionnement a des origines multifactorielles : les expériences de chacun, les modèles parentaux, les peurs de se faire manger par l’autre ou de se confronter. L’essentiel étant de prendre conscience de ce qu’Olivier et Julie ont mis en place dans leur couple pour ne plus être agi par leur histoire et leurs peurs et de construire une relation qui soit la leur, personnelle et pleine.

 

Car le retrait de l’un au profit de l’autre créée de nombreux écueils relationnels :

 

  • au niveau de l’engagement : s’il y a un engagement amoureux «  je t’aime donc je fais ce que tu souhaites, j’accède à tous tes désirs et c’est la preuve de mon amour inconditionnel », c’est un engagement de surface. L’engagement vrai est une plongée dans la relation, une prise de risques de se montrer dans ses croyances, dans ses désirs et ses failles, de proposer des évolutions du couple qui ne trouveront peut être pas l’approbation de l’autre….prendre le risque de « se mouiller »
  • au niveau de l’intimité : quelle intimité partagée peut naître d’un couple où seul l’un est proposant et l’autre acceptant. Le couple ne se nourrit que de l’apport d’un des membres du couple et se retrouve très rapidement bancal au risque d’un désinvestissement de celui qui porte le couple ou de celui qui ne se sent pas reconnu car l’autre ne devine pas ses attentes et désirs, qu’il se garde bien de dévoiler de peur qu’il n’y soit pas accédé.
  • les dysfonctionnements apparaissent également à un niveau beaucoup plus pragmatique de la charge mentale du couple. Celui qui propose et décide de tout, peut rapidement se sentir submergé par le poids et la responsabilité de porter l’essentiel de la relation et pourra rêver d’un partenaire sur lequel se reposer et partager la charge de manière plus équilibrée.

 

Un couple sans tension et sans conflit n’est pas un couple vivant. Plus que l’absence de disputes, l’ambition est de les réguler et de les dépasser dans une communication constructive pour les deux partenaires

 

 

 

Du couple fusionnel au couple fissionnel… Y a-t-il une alternative « entre » ?

Toute l’histoire de l’amour depuis « la fusion romantique » jusqu’au « désir d’indépendance » est universelle. Pour autant dans les quarante dernières années, on assiste à des bouleversements profonds au sein du couple.

Le « couple fusionnel » est un couple fermé sur lui-même, « centrifuge », qui semble avoir peur de l’altérité jugée dangereuse pour son équilibre. Il est auto-suffisant et se plait à l’être. Parfois il peut entrainer une certaine forme d’inégalité de l’homme et de la femme. Encore que pas toujours, car il est surtout passion amoureuse, besoin permanent d’être ensemble, frontières souvent floues et communes, transparence… Il est aussi essentiellement illusoire parce que fondé sur un idéal imaginaire de la fusion romantique : c’est l’excitation passionnelle des débuts qui devient un modèle de l’amour durable. Et parfois ça marche et ça marche longtemps ! N’en déplaise à certains/certaines !

En tant que thérapeute du couple, je n’ai pas à prendre parti ! Je respecte cet idéal quand il fonctionne pour les deux partenaires !

Il y a un moment où ce couple souffre…où ça ne fonctionne plus comme avant, où l’un des deux partenaires se sent « pousser » ailleurs, où l’équilibre est rompu…

Le couple « fissionnel », lui, perd sa force fusionnelle, la vie avec l’autre n’est plus une vie pour l’autre. Chacun des partenaires veut rester lui-même dans le couple-association qu’il forme et chacun entend mener ses projets personnels en toute indépendance. Le couple « fissionnel » est ouvert sur l’extérieur,               « centripète », se nourrit et s’enrichit de la découverte des autres. Il ouvre à cette vérité que, de plus en plus, les conjoints, après la passion amoureuse des premiers temps, ont “besoin d’un peu d’oxygène ”, de “changer d’air ”, ont peur de “se sentir étouffé ” dans une relation close sur elle-même. Les partenaires ont avant tout besoin de liberté et celle-ci est comprise comme      « indépendance ». Les frontières sont claires voire fermées et rigides. Ici c’est ma chambre et celle-ci est la tienne quand nous sortons séparément…

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Ces nouvelles formes de vivre en couple : les couples amoureux non-cohabitants

L’INED ( Institut Nationales d’Etudes Démographiques) vient de sortir une étude sur les couples non cohabitants. Il s’agit de la première enquête qui fait une distinction entre relation amoureuse stable et couple non cohabitant. La notion de couple non cohabitant est délicate car elle renvoie à notre idée du couple. Quels sont les critères nous faisant passer de relation amoureuse non cohabitant à couple non cohabitant ?

Cette étude nous invite à nous interroger sur les conséquences de ce mode de vie du couple sur les 5 hypothèses développées par l’Ecole du Couple.

D’abord quelques données issues de cette étude.

Sur les 3,8 millions de personnes se disant en relation amoureuse stable non cohabitante, seul1/3 se disent en couple. Ainsi, il apparaît clairement que la notion de couple est vécue de façon plus restrictive que celle de relation amoureuse stable.

Ces couples non cohabitants sont majoritairement des cadres vivant dans de grandes agglomérations avec des niveaux de vie leur permettant d’assumer deux logements. Les contraintes économiques sont bien présentes. Ce sont des personnes qui mettent en avant une forme d’indépendance et un investissement fort dans leur carrière.

Nous retrouvons 3 profils dans ces couples non cohabitants : 

Les jeunes de moins de 35 ans qui représentent 60% des non cohabitants. Ils sont dans une situation transitoire qui n’est pas appelée à durer. Soit ils vont se séparer soit ce sont les prémices d’une vie commune, une étape du processus ;

Les personnes qui ont connu une premier couple et qui débutent une nouvelle vie amoureuse. C’est dans cette catégorie que nous retrouvons les couples non cohabitants les plus affirmés et stabilisés dans cette forme de relation. Ce sont souvent des couples divorcés avec enfants qui ne veulent pas remettre en question l’équilibre qu’ils ont retrouvé et mélanger les enfants, les contraintes du quotidien et préserver leur vie amoureuse. Ils préfèrent un chacun chez soi que de se confronter à une complication de vie commune avec beau père, belle mère, questions d’éducation…

 Les plus de 80 ans : ceux-là ne veulent pas non plus compliquer et mélanger totalement leur vie, restent attacher à un appartement une ville, un quartier ou ne veulent pas réorganiser l’équilibre qu’il sont avec leurs enfants ou petits enfants.

Cette manière de vivre en couple lorsqu’elle est revendiquée et assumée, présente de nombreux avantages pour ceux qui la pratiquent et nécessite également de s’interroger sur ce qui fait couple. Nous vous proposons de le regarder autour des hypothèses développées par Anne et Jean-Paul Sauzède.

.Les enjeux de pouvoir : dans chaque couple, même chez ceux qui revendiquent qu’elle n’existe pas, chaque membre du couple va essayer d’influencer et de prendre le pouvoir sur la relation. Les couples non cohabitants n’y échappent pas et plusieurs situations peuvent être propices à tester ces enjeux de pouvoir : le choix de former un couple non cohabitant est-il le choix des deux partenaires ou le choix de l’un accepté par l’autre ? Qui décide des moments de rencontre : est ce toujours le même qui propose ou refuse et l’autre qui se soumet aux souhaits du premier ou la relation est équilibrée et chacun se sent autorisé à proposer des moments de partage et également à les refuser ?

 

  • Les frontières du couple : les frontières physiques individuelles sont inhérentes au mode de vie des couples non cohabitant. Pour l’essentiel de ces couples, chacun des partenaires vit « chez lui » c’est à dire dans un lieu dont il est l’unique locataire ou propriétaire. Ainsi les territoires de chacun sont bien délimités. Toutefois, un couple est d’autant plus vivant qu’il aura des frontières claires mais parfois ouvertes, parfois fermées. Si l’on accepte cette hypothèse, quels sont les espaces communs du couple non cohabitant : alternativement chez l’un et chez l’autre, uniquement chez l’un. Comment est géré l’argent, de manière étanche ou les déplacements seront financés en commun, les vacances sont nécessairement communes ou pas ;;;;?Fusion/différenciation : lorsque le couple se rencontre, il passe souvent par une période de fusion où les partenaires ont envie de tout partager, où la communication est fluide, naturelle voire les mots ne sont pas nécessaires pour se comprendre. Avec le temps, et souvent à l’issue d’une crise la différenciation et le redéploiement d’une identité individuelle se fait jour. Au sein des couples non cohabitants, la différenciation paraît être intrinsèque à l’organisation. Mais ce qui apparaît comme une évidence ne l’est peut être pas pour les deux partenaires : cette différenciation est elle subie, quelle est l’identité du couple et comment la construit-on, quel rythme de moments communs est nécessaire au sentiment de former un couple..

 

  • L’engagement : cette notion est essentielle pour les couples non cohabitants : à quel moment nous passons d’une relation amoureuse non cohabitante à un couple non cohabitant, quel événement, quel date, quelles règles établissons nous pour passer cette étape ? Quels sont nos projets communs ? Comment faisons nous de la place à l’autre et entretenons nous le lien ? Les autres, nos amis, notre famille nous nomment-ils comme un couple ?

 

  • Les blessures du couple : est ce que les évènements qui viennent troubler, faire souffrir l’un des partenaires est vécu comme un événement du couple ? Le décès des parents de l’un, le chômage de l’un des partenaires, le départ à la retraite…..

 

 

Nous voyons au travers de tous ces questionnements, que le passage d’une relation amoureuse non cohabitante à un couple non cohabitant, soulève de nombreux champs de réflexion, dont les couples ne pourront faire l’économie. Une communication ouverte et transparente, une visite régulière des règles implicites et explicites du couple nous semble d’autant plus importante dans ce mode de vie pour faire vivre la relation de couple.